
Eclosion veut lancer une dizaine de start-up dans les sciences de la vie
d'ici à deux ans
CREATION D'ENTREPRISES. Cofinancé par Genève et des
fonds privés, l'incubateur démarre. Son objectif est d'appuyer la réalisation de
projets venus des milieux académiques de la région. Unique en Suisse, la
structure genevoise coachera seulement des chercheurs actifs dans les sciences
de la vie. Elle a reçu jusqu'à présent quarante projets. Six font l'objet d'un
examen approfondi.
François Mutter
Genève a désormais les moyens de retenir les chercheurs de la région. C'est en tout cas l'ambition affichée par l'incubateur Eclosion, inauguré jeudi dans la zone industrielle de Plan-les-Ouates. Cette plate-forme, destinée à appuyer des projets développés dans les sciences de la vie, entend devenir un pont entre le monde académique et le marché. «Les idées ne partiront plus, elles seront désormais exploitées ici», prédit Robin Offord, président du conseil scientifique et économique d'Eclosion.
Unique en Suisse, cette nouvelle structure comble un manque entre les chercheurs et les financiers. «Notre pays est fort sur le plan scientifique. Il pèche par contre dans la valorisation des projets», relève Eric Fumeaux, directeur de l'Office fédéral de la formation professionnelle et de la technologie (OFFT), marquant au passage le soutien de la Confédération. «Découvrir un produit est une chose. Apporter la preuve du concept commercial en est une autre», ajoute Rolland-Yves Mauvernay, président du groupe Debio et financier du projet via Debioinnovation.
Le travail de l'incubateur se situe à ce niveau-là: faire la preuve du concept. Ses «pilotes», Jesus Martin-Garcia et Benoît Dubuis, se chargeront de l'encadrement commercial et scientifique des projets. Ils coacheront en moyenne durant deux ans les idées retenues, pour les mener de la sortie du laboratoire à leur concrétisation.
Pour réaliser cet objectif, Eclosion a des locaux et de l'argent. Les 500 m2 de laboratoires (mis à disposition à prix coûtant par Serono), les équipements et les salaires sont assumés par le canton de Genève pour 1,1 million par année. Cet appui financier, qui peut augmenter selon les besoins, porte sur cinq ans. A l'issue de cette période, l'Etat jugera des résultats et décidera de poursuivre ou non le partenariat. Le but pour Genève est de valoriser la recherche scientifique de la région et surtout de créer des emplois.
Quelque 8 millions levés
Des investisseurs institutionnels, des industriels et des privés sont aussi parties prenantes. Outre Debioinnovation, on retrouve parmi eux la Fondation professionnelle et sociale de Genève, Genève Place Financière, Renaissance PME, les Rentes genevoises, STMicroelectronics et Tilocor Life Sciences. Au total, une somme de 8 millions de francs a été levée par Eclosion, dont ces investisseurs sont les actionnaires. Une deuxième tranche de financement suivra. L'objectif pour ces «capital-risqueurs» est de voir à terme les jeunes pousses sélectionnées - dont Eclosion possédera une partie du capital - devenir des sociétés viables, être rachetées ou entrer en Bourse.
L'argent apporté via ce financement représente le capital nécessaire au démarrage des start-up soutenues par Eclosion. Jusqu'à 1 million au maximum par projet. Il sert à financer toute la période menant à la preuve du concept. «Il faut prouver que cela marche sur un certain nombre de tests prédictifs», explique Jesus Martin-Garcia. En cas de réussite, les jeunes pousses rembourseront les fonds avancés. Eclosion a reçu jusqu'à présent quarante projets. Vingt-deux ont été analysés de manière détaillée, et six font désormais l'objet d'une évaluation approfondie (nouveaux médicaments et outils permettant d'améliorer la santé). Prouvant le dynamisme scientifique de la région. Certains d'entre eux seront les premiers à bénéficier de l'appui de l'incubateur. «Nous entendons suivre huit à dix nouveaux projets. Nous devrions être au maximum de notre capacité au mois de juin», précise Jesus Martin-Garcia. La décision de leur venue dépend en grande partie du conseil scientifique et économique. Au sein duquel on retrouve, entre autres, Timothy Wells, responsable de la recherche chez Serono, et Denis Hochstrasser, fondateur de l'Institut suisse de bio-informatique et de Geneprot.
L'idée menant à l'incubateur Eclosion inauguré jeudi aura mis près de cinq ans à se concrétiser. Deux hommes se trouvent à son origine: Carlo Lamprecht, le conseiller d'Etat genevois en charge du Département de l'économie (DEEE), et Markus Schriber, ancien directeur général de DuPont de Nemours International à Genève et président du conseil d'administration d'Eclosion. S'inspirant de la pratique américaine, l'homme politique demande à l'époque au manager de réfléchir à une structure en mesure d'appuyer des projets dans les nouvelles technologies. L'éclatement de la bulle internet réoriente l'idée initiale. «La phase pré-clinique est aujourd'hui terminée. Le projet vit», se félicite Carlo Lamprecht. Eclosion a cinq ans pour convaincre Genève.
Catégorie : Économie
Sujet(s) uniforme(s) : Bourse et marché
des changes; Frais juridiques
Taille : Moyen, 569 mots
© 2004 Le Temps SA. Tous droits réservés.
Doc. : news·20041203·TE·146319.gif)